A la suite de l’expérience de Ziguinchor 2005 qui a abrité le 1er Forum Interterritorial auquel ont participé les délégués des différents Diocèses du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée-Bissau, et de la République de Guinée, les Jeunes avaient fortement sollicité de leurs Evêques la promotion de tels cadres de rencontre, de partage et d’échange. S’inscrivant dans cette logique et en prélude aux Journées Mondiales de la Jeunesse THIES 2009, s’est tenue la 2ème édition du Forum, du 22 au 24 avril, autour du Thème : « CROIRE, ESPERER, PERSEVERER DANS LE CONTEXTE D’AUJOURD’HUI ».
Ce Forum qui a vu la participation de Jeunes venus de la Gambie, de la Mauritanie, du Mali et des (sept) 07 Diocèses du Sénégal, s’est fixé (deux) 02 objectifs principaux :
- Amener les Jeunes, après analyse et réflexion, à émettre des propositions aux Autorités Ecclésiastiques du Sénégal et de la Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest (CERAO) en termes d’exigences de pastorale spécifique, en conformité avec leurs attentes et préoccupations légitimes.
- Faire des recommandations et des orientations utiles, déclinées en politiques, pour aider et accompagner les Jeunes dans le difficile contexte d’aujourd’hui.
Se penchant sur le contexte actuel, nous, participants, convenons que la jeunesse, « temps de l’espérance », constitue hélas une cible vulnérable : les Jeunes font face à un avenir incertain parce que fait d’inquiétudes, au regard de la profonde crise socio-politico-économique qui se traduit par :
la dégradation du système scolaire et universitaire, les pesanteurs socioculturelles, la lutte pour la survie, le non respect du principe de la laïcité, les atteintes aux libertés religieuses, l’effritement de l’autorité parentale, la promotion de contre-valeurs, le manque de repères et la perte d’identité, la drogue et l’alcool, l’insécurité, le libertinage sexuel, les grossesses non désirées, les maladies sexuellement transmissibles…
la corruption généralisée, la mal gouvernance, les violences verbale et physique surtout en période électorale, l’absence d’éthique et de morale dans la politique, l’absence de neutralité et d’équidistance de l’Etat dans ses rapports avec les différentes confessions religieuses, la manipulation des institutions étatiques, le silence coupable des chefs religieux et des intellectuels dans leur rôle de régulateurs sociaux et d’éveilleurs de consciences, la manipulation idéologique des jeunes par la classe politique, la rupture du dialogue politique et de certains consensus démocratiques entre les différents acteurs…
La crise économique mondiale, le chômage qui entraîne le drame de l’émigration clandestine, la cherté de la vie, la recherche effrénée de biens matériels de la part des chefs religieux, la paupérisation des masses et l’accentuation des disparités, la crise généralisée des grandes entreprises nationales, l’absence d’un réel entreprenariat chrétien, l’absence de réelle solidarité agissante.
Chers jeunes,
Face à ce sombre tableau des réalités que nous vivons tous les jours dans nos pays, nos villes, nos milieux de vie, de travail, et même dans nos familles, « croire, espérer, persévérer » ne semble-t-il pas difficile, voire impossible ?
- Où puiser alors un souffle nouveau pour nous relever et nous remettre en marche ?
- Comment tenir ferme dans nos cœurs la flamme de l’espérance, de la foi et de la charité ?
- Où trouver le salut et de nouvelles perspectives pour un plein épanouissement des jeunes?
- Nos interrogations, nos appréhensions, nos doutes ne sont-ils pas légitimes ?
Le Pape Benoit XVI nous indique le chemin en ces termes : « Il est urgent que se lève une nouvelle génération de jeunes enracinés dans la Parole de Dieu, capables de répondre aux défis de notre temps et prêts à répandre partout l’Evangile ».
Ayant placé la Parole de Dieu au cœur de nos travaux, nous avons expérimenté, une fois encore, sa puissance, sa richesse, son actualité et son universalité.
« J’écoute, que dira le Seigneur Dieu ! » (Psaume 84,9). Et raisonnent, au plus profond de notre être, ces réconfortantes paroles de l’Ecriture, gages d’un nouvel élan d’espoir et viatique pour un avenir meilleur :
« Je vous écris jeunes gens, parce que vous êtes forts ; la parole de Dieu est en vous » (1Jn 2,14) car « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » (Mt. 5,13-14) et « c’est par votre persévérance que vous gagnerez la vie » (Lc 21,19).
De par le baptême, nous sommes établis prêtres, prophètes et rois et « si Dieu est pour nous qui sera contre nous ?» (Rom. 8, 31).
« Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir.Mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde."» (Jn 16,33) et « moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20), alors n’ayons pas peur.
Face à tous les problèmes évoqués, nous, jeunes, lançons un vibrant appel
Aux autorités religieuses à :
- Assumer pleinement leur rôle d’éveilleurs de conscience et de garants de l’équilibre de la société, en dénonçant toute sorte d’injustices portant atteinte à la dignité humaine.
- Développer une réelle pastorale de proximité, par la visite aux familles.
- Développer une pastorale d’accompagnement individuel d’encadrement collectif des laïcs, des familles et notamment des jeunes.
- Promouvoir et formaliser l’enseignement religieux, y compris la catéchèse dans l’école publique, pour un équilibre entre la maturité humaine, intellectuelle et spirituelle des jeunes.
- Veiller à la qualité de l’accompagnement des Mouvements d’Action Catholique.
- Ne pas se compromettre dans le champ politique par toute forme d’immixtion partisane ou d’instrumentalisation.
Aux acteurs et autorités politiques à :
- Cultiver le civisme et la citoyenneté par l’exemple.
- Mettre en place les moyens adéquats pour la formation et l’insertion socio professionnelle des jeunes.
- Promouvoir la transparence et la bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques.
- Revisiter et s’approprier la conception chrétienne de l’autorité, qui est un réel service des autres et non de soi-même.
- Promouvoir le respect et la protection de la dignité humaine.
- Prôner une politique fondée sur l’Ethique et la Morale.
- Respecter les principes de laïcité et de séparation des pouvoirs (Exécutif, Législatif, et Judiciaire).
- Renforcer la gouvernance locale pour une réelle politique de décentralisation.
- Rechercher des politiques alternatives pour faire face aux éventuelles crises économiques.
- Protéger, défendre et faire respecter les droits des minorités.
- Eviter l’instrumentalisation de la religion dans le jeu électoral et dans la participation politique.
- Susciter une réelle démocratie interne des Partis Politiques et promouvoir l’alternance générationnelle en vue d’une pleine responsabilisation des jeunes.
Aux acteurs économiques à :
- Investir au niveau local et créer des emplois permanents.
- Employer les populations locales, surtout les jeunes, dans les zones d’implantation des unités industrielles et économiques.
Aux acteurs de l’éducation à :
-Créer un consensus entre tous les acteurs, susciter un dialogue sincère entre Etat, Syndicats, Associations de Parents, Elèves, Etudiants et veiller au respect des engagements.
Aux parents à :
- Reprendre en main leur rôle d’éducateurs premiers.
- Se mettre à leur écoute pour mieux les connaitre et les comprendre.
- Assurer le suivi de leur formation intégrale.
Aux jeunes à :
- S’approprier la parole de Dieu et à s’enraciner dans le Message de l’Evangile.
- Prendre conscience de notre identité chrétienne et de l’affirmer pleinement par le témoignage.
- Cultiver le sens de la dignité de la personne, des valeurs humaines et des vertus évangéliques.
- S’engager résolument dans les Mouvements d’Action Catholique.
- S’engager dans tous les secteurs de la vie : politique, économique, social, associatif pastoral et partout où besoin sera pour la construction d’un monde meilleur.
- Aller à la découverte de la Doctrine Sociale de l’Eglise, se l’approprier en vue d’un engagement responsable et éclairé dans la société.
Interpellation des Jeunes face à l’émigration :
Cette Afrique négativement cataloguée reste tout de même une Terre d’espérance de par ses potentialités et sa Jeunesse active, pleine de vitalité, de dynamisme et de promesses.
Dieu s’invite encore chez nous, en Afrique, (deux mille) 2000 ans après avoir accueillie la Sainte Famille lors de sa fuite en Egypte. Jeunes d’Afrique, osons croire en l’avenir, restons sur notre Terre d’Esperance pour la transformer et en faire une Afrique debout.
Conclusion
Chers Jeunes,
L’itinéraire spirituel de Saint Paul est un chemin balisé où trouver l’orientation, l’enseignement, l’engagement pour vivre notre vocation de Témoins du Christ et d’Artisans d’un monde meilleur. Qu’en lui, Apôtre de l’Espérance, nous trouvions le modèle parfait et que nous puissions, en toute vérité, affirmer : « pour moi, vivre c’est le Christ ! » (Ph.1, 21).
Fait à Thiès, le 25 avril 2009.
Le Forum